dimanche 24 novembre 2019

Le Edmund Fitzgerald

SS Edmund Fitzgerald

Radio-Canada


C'est le naufrage le plus connu à être survenu dans les Grands Lacs. Le 10 novembre 1975, le SS Edmund Fitzgerald sombrait, corps et biens, au cours d'une de ces tempêtes qui rendent la navigation sur le lac Supérieur si redoutable à cette période de l'année.

Un texte de Pierre-Mathieu TremblayTwitterCourriel, Marie-Eve Potvin et de Frédéric ProjeanTwitterCourriel
La tragédie est aussi soudaine qu'impitoyable. Vers 19 h 20, le navire de 222 m de long disparaît complètement des radars. Aucun appel de détresse n'est lancé. Les messages précédents témoignaient certes de difficultés associées à une tempête importante, mais pas d'une situation d'urgence. Et le navire n'était plus qu'à 27 km de l'abri naturel que lui aurait procuré la baie de Whitefish, à l'est du lac.




Rapidement localisée, l'épave témoigne de la cruauté du sort de l'Edmund Fitzgerald : elle gît par 160 m de fond, en deux morceaux distincts éloignés de 50 m l'un de l'autre. La proue git même à l'envers, coque au-dessus. Aucun des corps des 29 membres d'équipage ne sera retrouvé lors des recherches ou sur les rives du lac. Les sauveteurs s'entendent pour dire que les événements ont été si soudains que les 29 hommes qui formaient l'équipage doivent toujours être dans leurs quartiers, 40 ans après le voyage funeste.
Que s'est-il passé?
Comment le Fitzgerald, surnommé la reine des lacs lorsqu'il a été lancé en 1958, a-t-il pu connaître une fin aussi tragique? Personne ne le sait avec certitude.
Plusieurs théories existent, en voici trois :
  1. Des écoutilles mal fermées : elles auraient permis à l'eau de s'infiltrer dans le navire ce qui l'aurait alourdi peu à peu.
  2. Haut-fond de Six Fathom : le capitaine du Fitzgerald a rapporté des dommages à son navire peu après avoir passé près du haut-fond près de l'île Caribou, au sud de Michipicoten. Mais aucun indice, ni sur l'épave, ni même sur le haut-fond ne permet d'étayer cette hypothèse.
  3. Des vagues scélérates : le phénomène est connu en anglais sous le nom de « Three Sisters » dans le lac Supérieur. D'immenses vagues se forment et s'abattent consécutivement sur un navire. L'Anderson a été frappé par de telles vagues quelques minutes à peine avant le naufrage du Fitzgerald. Son pont à 10,5 m au-dessus de la ligne de flottaison, a été entièrement submergé par au moins deux de ces vagues, qui ont poursuivi leur route vers le Fitzgerald.
Le Fitzgerald en bref :
  • Longueur : 222 m.
  • Tonnage : 13 632 t
  • Il demeure le plus long navire des Grands Lacs de 1958 à 1971
  • Six ans après sa mise à l'eau, il devient le premier navire à avoir transporté plus d'un million de tonnes de minerai par les écluses de Sault-Sainte-Marie.
Chaque mystère a ses passionnés
En juillet 1994, le documentariste Ric Mixter a visité l'épave du SS Edmund Fitzgerald à bord d'un sous-marin. Le premier mot qui lui vient en tête pour décrire le naufrage du navire est « incroyable ».
Incroyable parce qu'il était le plus grand navire de l'époque sur les Grands Lacs, et qu'il puisse sombrer dans une tempête et coûter toutes ces vies. Incroyable aussi de constater sous l'eau tous les dommages qu'a pu causer Mère Nature à une structure fabriquée par l'être humain.


Ric Mixter
Ce qui le frappe lors de la descente est l'absence de lumière à 160 m de profondeur dans le lac Supérieur. « Puisque je ne faisais pas de plongée sous-marine, que j'étais dans un sous-marin et que je voyais à travers une vitre, je n'ai jamais senti que j'étais vraiment là. J'ai vu le nom Edmund Fitzgerald, les dommages importants, et tous les débris, dont un tournevis, et même une tasse avec le logo Columbia. C'était irréel », raconte Ric Mixter.
Une des choses qui ont le plus surpris ce passionné d'épaves est l'étendue des dommages. Ce n'est qu'après que l'un des membres de son équipe ait vu un corps que l'excitation de visiter l'épave a fait place à la tristesse.
Là, c'est devenu réel! C'était excitant, mais on a réalisé que c'était une tombe. Nous avons vu un visage. C'était une montagne russe d'émotions. J'ai eu beaucoup de difficulté à m'en remettre.


Ric Mixter
Ric Mixter maintient qu'il était important de visiter l'épave, malgré la présence des corps, pour éclaircir les mystères qui entourent la tragédie.
Le Fitzgerald au musée
Sean Ley du musée Great Lakes Shipwreck ne partage pas l'enthousiasme de Ric Mixter pour plonger dans ce qui est un cimetière marin. « Nous connaissons personnellement les familles éplorées. Mes sentiments personnels m'incitent à laisser reposer les victimes du Fitzgerald en paix », explique-t-il.
Le musée situé à Whitefish Point, au Michigan, fait une grande place à l'histoire du SS Edmund Fitzgerald. Ses dirigeants estiment que sur les 6000 bateaux qui ont coulé dans les Grands Lacs, l'Edmund Fitzgerald demeure l'un des plus célèbres.
En 1995, la Société du musée a récupéré la cloche du navire, qui a été entièrement restaurée. Le 10 novembre 2015, elle a retenti 29  fois en hommage aux victimes de la tragédie et une 30e fois en hommage à tous ceux qui ont perdu la vie dans les Grands Lacs.
Le Sir Edmund Fitzgerald aura laissé bien peu de souvenirs. Au Great Lakes Shipwreck Museum, on raconte son histoire, mais on n'y trouve que la cloche, une bouée de sauvetage et du minerai qui était à bord du navire.
Mais le destin tragique du navire a trouvé sa place dans l'imaginaire populaire : en 1976 Gordon Lightfoot écrit et chante The Wreck of the Edmund Fitzgerald, un classique de son répertoire encore joué et repris aujourd'hui. Le compositeur américain Geoffrey Peterson a quant à lui écrit The Edmund Fitzgerald, un concerto pour piano et cordes. Le naufrage a aussi inspiré plusieurs livres, des peintres et même une microbrasserie américaine de l'Ohio, qui a conçu une bière nommée Edmund Fitzgerald.

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